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flecheRed  L'église Saint Pierre (Marville-Moutiers-Brulé)


 

Nous ne savons rien des origines de l'église Saint-Pierre de Marville, mais un texte millénaire établit sa grande ancienneté ...
La propriété de l'église de Marville fut confirmée au chapitre de Dreux par le pape Adrien IV en 1157...

marville2Au XIIème siècle, sans doute à la suite de l'accroissement de la population, on reconstruisit à la place de l'ancienne église un bâtiment plus spacieux. Sans doute avait-il la forme d'un simple rectangle de la même largeur que la nef actuelle, mais probablement moins long, avec des murs plus bas, percés sur les côtés de petites fenêtres arrondies assez élevées, murées par la suite, mais dont on distingue encore les traces au-dessus des grandes arcades qui s'ouvrent sur les bas-côtés.

II est vraisemblable que cette construction ne subit pas de changements jusqu'à la fin de la guerre de Cent Ans. II en reste de nos jours, outre la partie haute des murs de la nef, la façade occidentale avec le portail principal sobre mais élégant.

Entre 1421 et 1438, le pays drouais fut occupé par les Anglais et connut une épouvantable misère. Dans les campagnes abandonnées, les église, ,bientôt, tombèrent en ruines. Certaines même furent la proie des flammés et peut-être l'église de Marville connut-elle ce sort, ce qui expliquerait le surnom que prit par la suite le village : Moutiers-Brûlé, où moutiers ne signifie pas monastère mais église.

Quoiqu'il en soit, c'est dans la seconde moitié du XVème siècle qu'on éleva, sur le flanc sud de la vieille construction, tout ou partie du bas-côté, très remanié par la suite.

II en reste actuellement visible, à partir du fond de l'église, la quatrième travée du bas-côté sud dont la fenêtre au dessin flamboyant est tout à fait caractéristique de cette époque, sans doute les deux travées suivantes et l'angle sud-ouest avec la jolie petite niche creusée entre les deux contreforts.

Mais c'est surtout au 16ème siècle que furent entreprises les plus importantes transformations.Elles ne furent pas réalisées d'un seul coup, mais au cours de plusieurs campagnes successives, que seules les différences de style nous permettent de déceler et de situer dans le temps. II est vraisemblable que les revenus modestes dont disposait la fabrique ne permettaient pas de subvenir à un chantier de longue durée.

Sans doute commença-t-on les travaux par le choeur qu'on ferma à l'est par un mur à trois pans, percés de grandes fenêtres en arc brisé. Furent construits ensuite le clocher et le bas-côté nord. On peut distinguer dans celui-ci deux périodes. D'abord, au cours. de la première moitié du XVIème siècle, on édifia à la suite du clocher deux travées qui furent couvertes de voûtes à croisées d'ogives dont les clés forment d'élégants pendentifs. On éclaira ces travées par des fenêtres en plein cintre, au dessin très simple, et on les ouvrit sur la grande nef, par de belles arcades en tiers point prenant appui sur des piliers sobrement moulurés.

Plus tard, sans doute dans la seconde moitié du siècle, on reprit les travaux et on ajouta à ce bas-côté ses trois autres travées qui diffèrent par leur style des précédentes. Les voûtes sont moins ornées et les grandes arcades qui s'ouvrent sur la nef et le choeur ne sont plus en arc brisé mais en plein cintre, si bien que pour leur donner la même hauteur qu'aux trois autres, on dut allonger les colonnes rondes et massives et relever les tailloirs qui les supportent. Le point de raccord entre les deux constructions est très visible au-dessus du pilier qui se trouve à droite de la chaire. La dernière travée de ce bas-côté, aujourd'hui chapelle de la Vierge, fut couverte d'une voûte en étoile particulièrement soignée.

Le XVI ème siècle vit aussi la construction de l'immense voûte de bois de la nef et du choeur. Ses entraits sont ornés aux extrémités et au centre de gueules de dragons. A la poutre maîtresse, presque au-dessus de l'autel, sont sculptées des armoiries composées d'un écu « de gueule à trois chevrons d'argent » écartelé d'un autre écu « d azur au lion d'or ». Le premier est celui de la famille de Morteaux qui posséda les seigneuries de Marville et de Vigny aux XVème et XVI ème siècles, le second qui n'est pas identifié est celui d'une famille alliée à la première.L'écusson des Morteaux, seul cette fois, figure ailleurs dans l'église, sculpté dans le bois des autres entraits du choeur, dans la pierre à a cief de voûte d'une des travées du bas-côté nord aussi peint sur les mur de la nef.

Est-ce à la suite des troubles que marquèrent les guerres de Religion dans la seconde partie du 16ème siècle que les travaux furent arrêtés ? C'est assez vraisemblable. On sait. que le 19 décembre 1562 se déroula dans la place au sud du village, une mémorable bataille qui mit aux prises catholiques et protestants pour se terminer à l'avantage des premiers. L égl,se eut alors à souffrir des pillages des soldats huguenots qui « n'y laissèrent images, vitres ornements ni meubles » sauf quelques reliques et ornements, qui furent sauvés par des catholiques. Du moins ne fut-elle pas incendiée comme on l'a prétendu.

Mais surtout ces luttes fratricides provoquèrent une misère quasi générale, et une crise économique-durable. Le manque de ressources fit ajourner bon nombre de projets ainsi renonça-t-on à prolonger le bas-côté nord, dont le mur extérieur est porte des .pierres d'attente, preuve qu'on envisageait de poursuivre la construction dans cette direction.

Aux XVII ème et XVIIIeme siècle, on travailla surtout à refaire partiellement le bas-côté sud. Les trois premières travées furent considérablement restaurées sinon rebâties. On employa la brique pour l'encadrement des fenêtres en arc surbaissé, comme pour la porte latérale où elle alterne avec le grès.

En 1787, comme nous l'apprend un compte de la fabrique, la sacristie fut construite par Pierre Peauger, maçon à Marville, qui raccommoda en outre les chapelles pour 216 livres 8 sols, tandis que Henri Beaufour, charpentier à Imbermais, reçut cette même année 237 livres 15 sols pour ouvrages faits à la sacristie.

Deux ans plus tard la Révolution commençait. Au début de 1793, un décret de la Convention décidait la fonte des cloches pour en transformer le bronze en canons. L'une des deux cloches de Marville fut alors descendue du clocher. A la fin de l'année, le culte catholique fut interdit, et le 23 nivose an II (12 janvier 1794), l'église fut fermée. Elle ne fut rouverte au culte que le jour de Pâques, 16 germinal an III (5 avril 1795).

Laissée sans entretien pendant plusieurs années,le bâtiment se trouva bientôt en très mauvais état. Le début du XIXème siècle fut employé à le restaurer et à reconstituer le mobilier. Par exemple, en 1800, on fait quelques travaux à la couverture et aux vitres ; en 1803 on répare le maître-autel, on entreprend la réfection de la toiture, on restaure les voûtes et on indemnise l'abbé Picard, ancien vicaire de Marville,pour plusieurs meubles qu'il rétrocède à l'église. En 1808, le Conseil Municipal décide d'effectuer quelques réparations urgentes, tant à l'église qu'au presbytère. II faut attendre 1853 pour que soit refondue la cloche actuelle, qui a pour parrain Louis Baston, adjoint au maire, et Augustine Aulet, épouse Gallas, pour marraine. En 1861, des vitraux à grands personnages furent exécutés pour le choeur par Eugène Moulin, de Dreux, et en 1868 étaient réalisés les peintures murales de la chapelle de la Vierge.

Parmi les objets mobiliers anciens que renferme l'église, trois sont classés comme monuments historiques :

  • la dalle funéraire de François Joulet et d'Anne de Gravelle (XVIIème siècle), placée dans le choeur (17 novembre 1906) ;
  • le Christ en croix, bois sculpté (XVème siècle),suspendu dans la grande nef (17 novembre 1906) ;
  • la statue de pierre de Notre Dame de Pitié (XVIème siècle), provenant de la chapelle seigneuriale de Vigny(16 janvier 1957).

Remarquable pour son architecture, vénérable par son ancienneté, évocatrice des joies et des deuils de tant de générations passées, notre église constitue l'élément principal du patrimoine artistique et historique de la commune.